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Côte d’Ivoire: Le couple Gbagbo inculpé de “crimes économiques”

Ed note.  I thought we would try something new–a post in French from Penelope about how justice processes are unfolding in Cote D’Ivoire. Voila! — Mark

C’est un premier pas pour la justice en Côte d’Ivoire: Laurent et Simone Gbagbo – assignés à résidence dans le nord du pays depuis leur capture dramatique et médiatisée du 11 avril dernier – ont été inculpés hier par le procureur de la République d’Abidjan. L’inculpation porte sur les “crimes économiques” commis par l’ancien président et sa femme. Le procureur a annoncé le jeudi 18 août lors d’une conférence de presse que les chefs d’inculpation contre Mr. Gbagbo concernaient notamment “vol aggravé, atteinte à l’économie nationale, détournement de deniers publics, pillage.

Selon Gilles Yabi, analyste du International Crisis Group, le nouveau président Alassane Ouattara doit “mener de front les chantiers de la recomposition des forces armées, de la réconciliation nationale, de la justice, de la normalisation politique et institutionnelle et de la relance économique. Les décisions qui seront prises dans ces domaines dans les prochains mois seront décisives pour les perspectives d’une stabilisation durable du pays.” L’inculpation des Gbagbo pour “crimes économiques” est un premier pas, certes, mais il reste beaucoup à faire, notamment sur le plan de la justice et de la réconciliation.

Les ONG internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis non seulement par les forces loyales à Gbagbo, mais aussi par les Forces Nouvelles et autres groupes ralliés à Ouattara. Il est donc important pour Ouattara – autant pour sa légitimite politique que pour la stabilité à long terme du pays – de s’assurer que justice soit faite de parte et d’autre des camps politiques, très divisés.

Dans une interview pour Slate Afrique, Francis Akindès, professeur de sociologie à l’Université de Bouaké, parle des différents processus judiciaires aujourd’hui enclenchés. Outre la Commission vérité dialogue et réconciliation – qu’il considère importante d’un point de vue socio-historique – il insiste aussi sur le fait qu’une approche pénale est necessaire (“On ne mesure pas la profondeur des blessures intimes laissées sur certaines victimes. Ces personnes ont besoin que justice leur soit rendue.“) Actuellement, il y a partage des compétences entre la justice ivoirienne et la justice internationale: Ouattara “a confié la gestion de la dimension pénale des crimes de sang à la Cour pénale internationale (CPI), et la dimension aussi bien des crimes économiques que des atteintes à la sécurité de l’Etat à la justice ivoirienne.

Cette division des compétences est importante, car elle permet à la CPI de poursuivre des individus proches de Gbagbo ou de Ouattara, indistinctement, sans que la justice Ivoirienne soit accusée de prendre parti. Reste qu’il faut que Ouattara se distance intelligemment de certains personnages clés qui l’ont amener au pouvoir. Comme le dit Yabi de ICG “C’est difficile, compliqué, ingrat et certainement dangereux pour la sécurité de son régime, mais il va pourtant lui falloir éloigner autant que possible de la scène politique et militaire les personnalités les plus emblématiques de la rébellion des Forces nouvelles. ” Mais, compte tenu de l’impunité notoire de certains leaders de pays voisins, il est tout de meme encourageant, même à ce stade préliminaire, de voir que Ouattara semble tenter d’apporter à la fois réconciliation et justice équitable aux Ivoiriens.

Bien sûr, en plus de questions de justice et de réconcilation, la situation humanitaire reste fragile, particulierement dans l’ouest du pays. L’ONU a récemment renouvellé pour un an le mandat de la mission en Cote d’Ivoire (ONUCI), qui devra travailler de près avec le gouvernement ivoirien en matiere de sécurité: reconstruire et assainir la police et les forces armées, ainsi qu’en matière de réhabilitation des anciens combattants. De plus, il reste encore 320,000 personnes deplacées – dont plus de 170,000 réfugiés Ivoiriens au Libéria – et des centaines de milliers de ménages fragilisés par l’insuffisance alimentaire, la difficulté d’accès à l’éducation, aux soins médicaux, etc.

L’inculpation de Laurent et Simone Gbagbo est importante et particulierèment symbolique pour la Côte d’Ivoire. C’est aussi l’occasion pour le nouveau régime en place de se montrer magnanime et juste. Alors que Ouattara n’en est qu’à ces premiers pas en tant que Chef de l’Etat, des responsabilités très lourdes pèsent sur ses épaules. Comme le dit Yabi en conclusion de son article, “Il n’y aura pas de miracle mais il n’y a aucune fatalité non plus.”


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